
Les premiers pas…
Le citoyen, cet être ordinaire, libre et pensant est né en Grèce il y 2500 ans. La cité athénienne a enfanté la démocratie en instaurant la participation de certains habitants – les citoyens- aux décisions publiques. Cette révolution politique fut concédée suite à une grave crise de gouvernement. Une lente évolution de plus d’un siècle fut nécessaire pour instaurer véritablement l’isonomie à la fin du 6e siècle av. J.-C, c’est-à-dire l’égalité de tous les citoyens devant la loi, qu’ils soient riches ou pauvres.
De manière concomitante, la royauté est abolie à Rome par les aristocrates (patriciens) pour faire place à un nouveau régime : la République. Dans cette république naissante, les citoyens romains ordinaires (la plèbe) lutteront eux aussi pendant près de 140 ans pour partager le pouvoir suprême avec les patriciens.
Le déclin de l’empire romain laissera la place à des royaumes médiévaux morcelés et indépendants. Le régime féodal asservit la population à un seigneur, lui-même sous les ordres d’un roi, autorité absolue et toute puissante. Ce modèle de gouvernance ne laisse évidemment aucune place à une quelconque forme de démocratie. Les prouesses égalitaires obtenues après des siècles de lutte par les grecs et les romains sont anéanties, citoyen An 0, le retour.
L’Angleterre ravivera la flamme, la classe bourgeoise impose au roi en 1215 un conseil décisionnaire de barons et d’ecclésiastiques, ancêtre du parlement. 450 ans plus tard, l’autorité des représentant du peuple est confirmée définitivement par l’habeas corpus (1679) et le Bill of Rights (1689).
Fiat lux
Les valeurs retranscrites dans ces deux documents fondateurs vont inspirer le Siècle des Lumières. Les sciences et la philosophie tentent d’éclairer le monde, de lutter contre l’obscurantisme religieux. Le visionnaire John Locke propose en 1690 de séparer les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire pour garantir la paix et les droits de tous, théorie abondée en France par Montesquieu.
Ces nouveaux idéaux sont combattus farouchement par la censure royale et religieuse, mais cet esprit d’équité et de justice se propage partout en Occident et annonce les grands bouleversements de la Révolution américaine (1776) et de la Révolution française (1789).
Le 4 juillet 1776, la « Déclaration d’indépendance américaine » rédigée par un comité présidé par Thomas Jefferson consomme la rupture avec le pays colonisateur anglais. Ce texte fondateur porte en lui les idéaux des Lumières.
Le citoyen s’installe durablement sur la scène politique.
En Europe, les français écrivent l’histoire à leur tour. Nationale d’abord puis universelle grâce à une folle ambition humanitaire, une rupture de civilisation à l’échelle de l’histoire du monde avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen adoptée en aout 1789 par l’Assemblée nationale. Elle sera placée en préambule de la première constitution française votée le 3 septembre 1791 après plus de 2 années de travaux
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen marque un tournant décisif de l’histoire de l’humanité, elle demeure aujourd’hui encore un texte de référence en France et dans le monde entier. Elle a notamment inspiré la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations unies le 10 décembre 1948.
Ces nobles intentions de liberté, d’égalité et de fraternité voulues par les révolutionnaires vont pourtant peiner à se propager dans la société française. Les ennemis de la liberté du peuple sont encore nombreux, il faudra encore plusieurs guerres, une deuxième révolution (1830) puis une troisième (1848) avant la première élection présidentielle au suffrage universel en France les 10 et 11 décembre 1848. La première assemblée nationale ne sera élue par le peuple français qu’en 8 février 1871.
L’école, ambassade de la République
Fin du XIXe siècle, la France vacille entre deux conceptions de la société, incarnées par deux courants politiques : les monarchistes et les républicains. L’instabilité relative du système fragilise le pays et menace l’idée même de la République. En 1882, le républicain Jules Ferry, ministre de l’Instruction Publique, veut enraciner les valeurs républicaines dans l’esprit des jeunes générations par l’éducation, et pour cela l’état rend l’école gratuite, l’instruction obligatoire et l’enseignement laïc.
« Quand toute la jeunesse française aura grandi sous cette triple étoile [l’obligation, la gratuité, la laïcitéJ, la République n’aura plus rien à redouter ».
Les hussards noirs, surnom donné aux instituteurs, avaient reçu une véritable mission : instruire la jeunesse française. En véritables missionnaires laïques d’une révolution par le savoir, la connaissance et la compréhension du monde.